Le problème des clubs de Bordeaux et de Marseille

 

Le Dimanche 14 Février aura été une journée particulière lors d’une année 2021 fortement impactée par la pandémie de coronavirus. Comme une bulle flottant insouciamment dans les airs loin des affres de la triste réalité, cette journée dédiée à l’amour n’aura pourtant pas séduit les amoureux du ballon rond. Au-delà du spectacle relativement médiocre affiché sur les pelouses de l’Hexagone, le match ayant opposé les Girondins de Bordeaux à l’Olympique de Marseille interpelle : comment deux illustres clubs du Championnat de France ont pu tomber aussi bas ?

 

Un regard tourné vers le passé et non vers l’avenir 

Jeunesse rêve, vieillesse décompte comme le dit si bien l’adage. Cela est d’autant plus exact lorsque l’on se penche sur les cas de Bordeaux et de Marseille. Incapable de bâtir un projet ambitieux pouvant les propulser vers les plus hautes sphères du football français voire même du football européen, Girondins et Phocéens paraissent être deux vieillards se raccrochant aux exploits de leurs passés sans parvenir à se projeter dans l’avenir. Qu’il semble loin le temps où la bande à Basile Boli triomphait dans la prestigieuse Ligue des Champions, le club se raccroche alors au souvenir de cette étoile décroché dans le ciel de Munich tel un vétéran arborant les décorations d’une guerre oubliée. Le club bordelais quant à lui n’aura jamais aussi bien porté son surnom de belle endormi, et hormis une Coupe de France au parcours heureux remportée en 2013, ne semble pas capable de se sortir de sa profonde léthargie. Groggy, les deux historiques du championnat français ont transmis le flambeau à la nouvelle génération emmenée par les parisiens, lillois, rennais et autres lyonnais.

Autrefois prestigieuse, la rencontre entre les Girondins de Bordeaux et l’Olympique de Marseille aura tout de même été programmée en prime time le Dimanche soir, mais aura surtout été la parfaite illustration de deux clubs bataillant pour ne pas s’incliner plutôt que pour empocher les trois points de la victoire. Si d’aventure nous pouvons qualifier cette rencontre de bataille tant la prestation des deux équipes aura été indigente. Ayant pour unique ambition de ne pas perdre un record d’invincibilité vieux de quarante-deux ans, les bordelais se seront ainsi contentés du strict minimum et n’auront pas tenté de prendre l’ascendant sur de tristes marseillais réduits à neuf à l’heure de jeu. Score final 0-0 pour un seul tir cadré, les deux clubs végètent ainsi confortablement dans le ventre mou de la Ligue 1.

Tout simplement inacceptable, mais l’essentiel sera là pour les girondins qui prolongent leur domination d’une année. Les olympiens se rassureront comme ils le peuvent puisqu’à la faveur de deux victoires lors des matchs en retard ils contesteraient alors la cinquième place et la qualification en Ligue Europa au Stade Rennais. Respectivement champions en 2009 et en 2010, les deux clubs ennemis sont désormais loin de leurs standings habituels. Comme un lointain souvenir dont la clarté s’efface au gré du temps, la rivalité entre les Girondins et les Olympiens s’estompe et s’étiole. Il serait temps que les deux clubs se sortent de leur torpeur et ravivent les braises de la passion de ce classique de la Ligue 1.

 

Un projet sportif qui ne répond pas aux exigences du football moderne

Ennemis de toujours, les Girondins de Bordeaux et l’Olympique de Marseille présentent pourtant de très nombreuses similitudes dans leurs histoires modernes. Cumulant quinze championnats de France et vingt coupes nationales à eux deux, les deux clubs ont notamment marqué le football français au tournant des années 2010. Mettant fin au règne sans partage de l’Olympique Lyonnais, les bordelais et marseillais ont permis d’entrevoir de belles promesses aussi bien dans le jeu que dans la composition de leurs effectifs. Toutefois, les deux clubs n’ont su capitaliser sur leurs succès nationaux et ont laissé échapper leurs talents vers d’autres horizons. Exit donc les Laurent Blanc et Didier Deschamps, qui ont tout deux occupé la fonction de sélectionneur de l’équipe de France, mais surtout exit les propriétaires historiques. En proie à d’importants problèmes financiers et malgré la construction d’un stade ultra moderne, M6 a ainsi vendu en 2018 le club des Girondins de Bordeaux au fond d’investissement King Street, suivant ainsi l’exemple de l’Olympique de Marseille qui a de son côté cédé le club à Frank McCourt. Deux entrepreneurs américains donc qui ont tout d’abord laissé entrevoir de belles promesses aux supporters. Toutefois, et malgré un parcours exceptionnel des marseillais en Ligue Europa, l’Olympique de Marseille n’aura jamais su se montrer à la hauteur de ses ambitions. Incapable de rivaliser en championnat et d’effleurer son rêve de « Champions Project », l’OM multiplie les communications hasardeuses et les transferts ratés. En conséquence, le club s’endette et régresse dans la hiérarchie du football français. Même constat plus à l’Ouest où les Girondins peinent à stabiliser leur projet sportif, si toutefois projet sportif il y a.

A l’image d’un Joe Da Grosa totalement absent et d’un Frédéric Longuépée conspué par les employés du club et les supporters girondins, les aquitains s’enlisent dans les bas-fonds du classement. Conséquence logique, la dette du club se creuse au fur et à mesure que la valeur de l’effectif baisse. Par ailleurs, bordelais comme marseillais sont incapables de maintenir un entraîneur à la tête de l’équipe première et pire encore, le lien fondamental avec les supporters est désormais totalement rompu. Victimes d’entrepreneurs américains n’ayant aucune culture du soccer qui manipulent leurs clubs pour capitaliser sur des investissements annexes, les supporters girondins et phocéens subissent de plein fouet une politique antisportive marquée par l’incompétence de leurs directions. Les derniers incidents à la Commanderie sonnent ainsi comme un avertissement sans frais, et la direction de l’OM menée par Jacques-Henri Eyraud aurait tout intérêt à redresser la barre rapidement. Loin de leurs statuts habituels, l’OM et les Girondins devraient ainsi s’inspirer du modèle lillois et dans une moindre mesure du projet niçois. Ayant pour politique un recrutement intelligent de jeunes talents européens, le Lille Olympique Sporting Club de Christophe Galthié est désormais en tête du championnat de France et impressionne par son jeu offensif et sa maîtrise tactique. Surtout, le club nordiste a fait éclore des Renato Sanches, Zeki Celik, Jonathan David et autres Sven Botman tous promis aux plus grands clubs européens contre des indemnités de transfert s’élevant à plusieurs dizaines millions d’euros. Mais pour cela, un changement de direction et certainement d’actionnaire s’impose si les Girondins de Bordeaux et l’Olympique de Marseille espèrent renouer avec leur passé prestigieux. C’est tout le mal que l’on leur souhaite.